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J'ai testé... Midjourney

Il y a parfois des moments aussi excitants que terrifiants où l’on se rend compte qu’il n’y a que très peu de limite à la puissance des outils numériques et des machines. C’est à se demander jusqu’où tout cela ira… Et puis on se dit aussi qu’il y a (dieu soit loué) des havres intouchables que les calculatrices et algorithmes ne pourront jamais percer.


C’est ce que j’avais tendance à penser il y a encore quelques temps. Je croyais dur comme fer que la création d’image, de textes et toute œuvre artistique nécessitant cet organe résolument humain qu’est l’imagination ne serait jamais délégué aux machines. Je pensais avoir choisi un métier qui m’épargnerait la peur d’être remplacée par un ordinateur… Et bien je me suis trompée.


La Claque

Midjourney est une intelligence artificielle expérimentale capable de générer d'elle-même des images à partir de mots clés. Tout le monde peut s’inscrire pour tester, il suffit d’avoir un compte Discord, d’aller sur leur site, de lier son compte et hop vous voilà prêt à embarquer pour l'expérience à raison de 25 images générées gratuitement.


Premier essais, je tape les mots clés suivant : dragonfly, gold, realistic, fantasy, steampunk, precious, jewel, shiny, metallic, butterfly, insect


Au bout de quelques pénibles minutes à scroller sur le fil du Discord qui est envahi de requêtes parfois franchement étranges (mention spéciale pour le “Cyberpunk bacon" et le "ultra-realistic holy pizza knight") j’obtiens ceci :


Ma fois c’est à peu de choses près exactement ce que je m’étais imaginée en tapant les mots clés. C’est sidérant.


Je teste les outils permettant de faire des agrandissement et des variations :


Certes, il y a une “patte” reconnaissable dans les créations de Midjourney, avec des détails asymétriques, des fils entremêlés ou des textures “tissus plissés”. Néanmoins, je suis scotchée par la qualité des images, et la précision de l'outil.


Je tente donc quelque chose d’un peu moins précis, pour voir :


“forest, fantasy, mist, daylight, mysterious, secret, magic, trees, castle”


Encore une fois le rendu est incroyable, très proche de ce qu’on pourrait imaginer avec ces mots clés. Mais est-ce que le logiciel est capable de changer de style ? Eh bien, mauvaise nouvelle pour nous, illustrateurs: oui.


Voici le résultat en ajoutant “children illustration”

Comment ça marche ? Ma foi, je n’en ai aucune idée, je suppose que l'algorithme fonctionne à partir de la super puissance des images présentes sur le net pour amasser un nombre croissant de références et générer ces images originales. Toujours est-il que c'est vraiment bluffant.. Et un peu déprimant aussi.


Ça fait maintenant trois mois que j’ai entamé un programme de formation intensive en digital painting et que je carbure sans me ménager pour avancer, enchaînant les études de maîtres, les études photos, perfectionnant ma compréhension des volumes de la lumières, des couleurs… Pour réaliser qu’une machine est capable de le faire aussi bien (voir mieux) en à peine quelques minutes, (quand moi j’y passe plusieurs heures).


Autant vous dire que j’étais bien déconfite en faisant ce constat… Mais passé ce moment de déprime, j’ai réalisé qu’il y avait plusieurs limites encore à ce système.


Les limites de Midjourney

La première limite c’est les droits. Les images générées via Midjourney dans le cadre d’un compte gratuit ne sont pas utilisables pour un usage commercial mais peuvent être utilisées pour tout autre objet, avec attribution obligatoire. On ne peut donc pour l’instant pas les utiliser pour des couvertures de livre, à moins de prendre un abonnement payant (le premier prix étant de 10$ par mois) Attention néanmoins: Midjourney délivre des images à une taille maximale de 3000 pixels. C’est largement suffisant pour vos ebooks, certes, mais un chouilla juste pour une couverture imprimée. Mais bon , je ne doute pas que cette limite sera bientôt vaincue, l'application s'améliorant sans cesse.


L’autre limite du logiciel, c’est le manque de précision dans certains détails, mais aussi quelques soucis avec les visages et figures humaines qui subsistent :



Par ailleurs, si vous avez une idée très précise en tête, il sera plus difficile d’obtenir l’image voulue, il faut être prêt à laisser un peu de mou à la machine… qui n’est pas forcément une as de la composition efficace ou qui est capable de faire des association douteuses soit dit en passant... Petit exemple en tapant Napoleon Steampunk, emperor french j'obtiens... Des portraits d'un type qui ressemblent plus à Emmanuel Macron qu'à Bonaparte...



Midjourney, va-til remplacer les illustrateurs ?

Certes, certaines images sont utilisables en l’état, telles que générées par la machine, cela ne fait aucun doute. Mais ce n’est clairement pas toujours le cas.


Les possibilités infinis que propose l'algorithme peuvent être un excellent moyen de libérer sa créativité et de chercher des idées. Les résultats proposés par la machine sont parfois inattendus, voire très loin de l’idée qu’on s’était faite à l’origine et pourtant le résultat n’en est pas moins intéressant pour s'inspirer ensuite.


On obtient ainsi des résultats abstraits, des formes et des couleurs poétiques étranges qu’on n’aurait probablement jamais imaginé sans cela. Et rien que pour ça, ça vaut le coup.



Si on veut aller plus loin, je pense que les images générées via midjourney sont également des "bases" sur lesquelles il faut ensuite repasser, repeindre, ajuster pour obtenir le résultat souhaité.


Exemple avec un rapide paintover sur une image pour l’ajuster :




Au lieu de passer plusieurs dizaines d’heures sur cette peinture je n’y passe qu'une heure ou deux grand max. Cela permet donc de démultiplier les possibilités sur une même création plus rapidement, et ça, c’est quand même une bonne nouvelle pour nous, les artistes.


Malgré tout une grande question se pose… Si les droits d’une image appartiennent à Midjourney, qu’en est-il d’une base générée par l’intelligence artificielle sur laquelle l’artiste est repassé pour la modifier, l’adapter à sa vision et la sublimer ? Peut-il revendiquer cette image comme sa création ou non ? Quel pourcentage de modification faut-il intégrer pour que l’image devienne la nôtre à part entière ?


Là où le droit d’auteur français protège une œuvre de l’esprit (par définition humain) que fait-on avec une œuvre générée par un esprit artificiel ? Doit-on la protéger ou non ? Dans quelle mesure ?


Tout un vaste débat juridique en somme qui va clairement nécessiter dans les prochaines années des ajustements sur les lois régissant le droit d’auteur…


En attendant, pour tester Midjourney : Rendez-vous ici


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